• Chantale Vincelette

Voir une photo : analyser ou ressentir?


J'adore regarder des photographies, presque autant qu'en faire moi-même. Explorer le travail des autres photographes me fascine, m'enrichit, me stimule et me porte à déborder de ma zone de confort; je me suis inscrite à plusieurs groupes de discussion et je lis avidement les commentaires des autres utilisateurs, toujours ouverte à considérer d'autres points de vue et des avis différents du mien.

Toutefois, au fil du temps, j'en viens à me questionner sur notre façon de voir, de regarder une photographie. L'aspect technique est essentiel – bien sûr qu'il l'est! – Autrement, bonne chance pour réaliser l'effet que vous souhaitez, et on sait tous que la chance, cette gamine frivole et capricieuse, n'est pas toujours au rendez-vous.

Mais l'aspect technique est-il réellement le point le plus important? Si je me concentre d'abord sur la technique lorsque je regarde une image, tout mon cerveau cartésien est interpellé. Je compare, je mesure, je compile, je dissèque. Je me réfère à des règles, je vérifie si elles sont appliquées, je critique, je réfute.

Et pendant ce temps, je ne ressens rien.

Or, en tant qu'artiste, ma principale intention est, précisément, de faire ressentir; si l'observateur ne ressent rien, je peux avoir réussi la meilleure photographie possible d'un point de vue technique, je serai passée à côté de mon objectif – sans jeu de mots douteux! ; )

Quand je regarde une photographie, je la respire, je la ressens. Je me projette à l'intérieur pour essayer de la percevoir le plus intimement possible. Ensuite, seulement, je l'analyse. Et il arrive que mes résultats d'analyse contredisent mes impressions ressenties. Dans ce cas, j'accorde la victoire à mon ressenti, et la technique passe en seconde place. N'en déplaise à ceux qui ne jurent que par les exifs, il faut parfois accepter de prendre des décisions déroutantes, voire discutables, pour véhiculer le sentiment recherché.

Dans la photo ci-dessus, j'ai voulu exprimer une mélancolie, une impression de vide laissé par le passage du temps, et le désarroi teinté de tristesse qu'apporte ce vide. La profondeur de champ est courte et le point focal situé dans une zone apparemment dépourvue de sujet principal. La texture est granuleuse. Le vignettage flou des contours est inégal, nettement démarqué du côté gauche et progressif du côté doit, et la décoloration est elle aussi décentrée et de forme irrégulière. Maladresse? Mauvaise uttilisation des outils de post traitement? Gestion hasardeuse de la sensibilité ISO au vu d'une luminosité médiocre? Peut-être, si vous ne ressentez pas l'image et ne connaissez pas mes intentions. Pas du tout, dans le cas contraire. J'ai exprimé précisément ce que je souhaitais exprimer en utilisant des outils appropriés pour y arriver.

Aurais-je pu utiliser d'autres méthodes? Sans aucun doute! Installez 100 photographes devant une même scène, vous en recevrez 100 interprétations différentes. Mais celle-ci est la mienne. Et c'est justement ce qui fait la beauté de l'art photographique : nous pouvons toujours insuffler notre propre vision des choses dans notre image.

Et tant qu'il y aura des photographes, il y aura des points de vue à découvrir et à discuter. Vous êtes en accord ou en désaccord avec les opinions exprimées ici? J'aurai bientôt un module de discussion sur le blogue. En attendant, vous pouvez me contacter, je serai ravie de vous lire!

Bonne journée, et à bientôt! : )

#photo #analyse #analyser #exifs #émotion #impression #controverse

58 vues0 commentaire