• Chantale Vincelette

Doux printemps, quand reviendras-tu...


Amis du Québec, je sais que tout comme moi, vous en avez ras-le-bol de l'hiver. Je ne vais pas m'étendre sur un long râlage climatique, rassurez-vous! Reste que.

La semaine dernière, pendant une matinée de congé où je savourais mon café bien chaud (et le bonheur - incommensurable - de n'avoir aucune obligation à mettre le nez dehors par une nouvelle journée au cours de laquelle le mercure resterait coincé autour de la barre des moins trente), je me suis approchée de la porte-patio pour regarder dehors. Parfois, il passe un oiseau et j'aime bien les voir, mais ce matin-là, ni poil ni plume en vue. Sans doute étaient-ils trop frigorifiés pour quitter leurs abris...

En quête d'un peu de couleur au milieu de ce désert de blancheur, mon regard s'est arrêté sur la fresque que j'ai peinte à l'été 2017 sur la porte de notre garage. Un vieux garage, moche, laid à faire peur - mais utile, et pas du tout prêt à être remplacé par un nouveau. Un excellent terrain de jeux, sur lequel je me suis d'ailleurs amusée comme une folle pendant quatre ou cinq délicieuses journées à peindre au soleil. Et j'ai réalisé à quel point cette fresque, cette débauche de couleurs éclatantes, ces légumes surdimensionnés au parfum de terre de jardin me faisaient du bien. Quand on ne voit que du blanc, du blanc aveuglant, du blanc givré, du blanc sale, du blanc poudreux, du blanc durci, du blanc bleuté, du blanc blême, du blanc fondant, du blanc mouilleux, du blanc jusqu'au toît, du blanc bord-en-bord, du blanc tout le tour, du blanc plus blanc que blanc depuis déjà plus de trois mois (oui! Au Saguenay, l'hiver s'est abattu sur nous vers le 25 novembre), un peu de couleurs apportent comme un souffle tiède et apaisant au cœur de la froidure.

Je m'aperçois qu'au quotidien, beaucoup de marcheurs - il y a quand même des courageux qui affrontent le froid chaque jour pour se garder en condition) prennent une pause devant notre maison. L'air de rien, ils regardent la fresque. Je ne sais pas ce qu'ils en pensent, ils ne viennent pas cogner à la porte pour me faire part de leurs impressions, mais je sais qu'elle attire le regard. Qu'elle intrigue. Qu'elle ressort dans le décor. Qu'elle offre une occasion de voir autre chose que juste du blanc. Et le spectacle est gratuit!

On entend si souvent dire que l'art est un luxe, qu'il ne compte pas parmi les éléments de première nécessité. Qu'il est agréable, mais pas vital. Qu'on va toujours bien payer le loyer et l'épicerie avant de penser à ajouter de la beauté dans notre décor.

Je comprends ça. Si on ne mange pas à notre faim, on ne le voit même pas, notre décor.

Mais quand je constate à quel point les gens sont usés, las, fatigués de ce froid, de cette saison interminable d'enfermement, de pelletage, de manque de lumière et de grippe-rhume-NéoCitran-casse grippe-bouillon de poule, et que je vois à quel point ça fait du bien de voir juste un peu de belles couleurs vives, qui nous rappellent que le printemps reviendra et avec lui, la promesse d'un peu de douceur, de vêtements allégés et du bonheur de savourer un sandwich fait avec les tomates et la ciboulette du jardin, je suis heureuse d'être une artiste.

Je ne suis peut-être pas capable d'arrêter l'hiver, mais je peux vous faire rêver d'un printemps et ça, maudit que ça fait du bien.


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